Le Vent des Fous

Paysages étranges

{ 11:42, 29/03/2008 } { 0 commentaire(s) } { Lien }
"J'ignorais mon identité. On m'avait volé mon corps et j'étais pendue aux branches du ciel comme un mannequin de paille. J'aurais pu prendre le jour dans mes mains. Pourtant, quand j'avançais pour le toucher, il reculait par peur de contagion. Je poursuivais le ciel de mes reproches et, pour se protéger, il s'entourait d'une carapace de nuages en porcelaine. Je n'étais ni moustique, ni nuage, ni tige de bambou... C'est pourquoi je me retrouvai un beau jour sur un lit au couvre-pieds à fleurs, dans une pièce impeccable appelée 'dortoir d'Observation du pavillon Sept', à Treecroft, l'hôpital psychatrique du Nord. Cette pièce donnait sur un jardin de roses et d'arums au coeur orangé. C'étaient des fleurs à demi sauvages qui entouraient un saule pleureur, planté au milieu d'une pelouse au gazon roussie par le soleil. Bien qu'il n'y eût ni ruisseau, ni fleuve, le saule pleureur avait l'air de croire en l'existence de l'eau. Il avait cette espèce d'intuition qui permet à certains arbres et à certaines gens de rester en vie en attendant avec confiance la découverte d'une source secrète. " p.75-76


L’esprit se quadrille parfois

de paysages serrés.

On y voyage, à petits pas ou à grands trains ;

on se perd dans les méandres peuplés de mirages

à l’envers ;

si l’on y prend garde, on peut même en mourir,

pour peu que la mort ait, dés lors qu’on eût atteint ses rives sauvages,

un sens.

Heureusement, il y a les chaussettes de laine.

En sortant du ralenti de ces mondes parallèles

(ces mondes logés au fond de l’esprit et qui rongent

la réalité, la réalité logée au fond de rien et qui ronge ces mondes)

on s’aperçoit, hébété, zombie se réveillant des limbes et des tombeaux,

on s’aperçoit que la chair continue son chemin solitaire :

les odeurs s’agrippent aux sens comme des chiens furieux,

le corps réclame son dû de toucher et de goût, même abominables, et les lèvres accrochées

à l’édifice chancelant tètent farouchement l’arrangement des jours vertigineux.

Heureusement, il y a les chaussettes de laine.

Au final, l’écriture seule garde l’empreinte lourde

de la mémoire. L’écriture griffée sur les parois de l’être, l’écriture primaire et verticale

des effrayés et des fous.

Heureusement…


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