Le Vent des Fous

Baleine

{ 14:12, 8/05/2008 } { 0 commentaire(s) } { Lien }


Appelez-moi Ismaël
Achab est le surnom de tous les pères.

Je n'ai jamais su quelle était sa baleine
Et sa rancoeur ne trouvait pas de support.
Elle tournait dans le vide et les mots
Ne lui suffisaient plus, qui semblaient avoir tout dit.

Ce qu'il faut de violence à un homme
Pour incarner son mal.
Ce qu'il faut de violence à un fils
Pour contourner son père
Qui lui cachait Moby Dick.

Appelez-moi Ismaël,
Moi qui monte à tous les mâts
Et désespère encore de n'avoir jamais vu
La baleine de mon père
Repousser l'horizon.

Emmanuel Merle

ICI


Depuis trop longtemps, les baleines ont échoué

sur les blanches rives des pères et leur chant s’est perdu

au fil d’anciennes côtes dont on ne sait plus si elle furent vives

ou rêvées.

 

S’amarrer au dos rond des baleines, même mortes,

est chose délicate : l’esprit ne sait plus

les espaces d’alors, le corps n’a plus les gestes

des terres mesurées au pas des hommes,

les océans perdus se jettent en suicide

sous les cités de fer. Mare librum est loin.

 

Pourtant, sous les lampes éteintes et les paroles

vides, les baleines des vieux naviguent toujours,

courbes et pacifiques,

et leur panse lunaire éclaire encore les nuits.

 

Il faudra bien un jour les retrouver, ces baleines,

et rejoindre leur dos où, tranquillement installés,

nos pères fument, dans de petites pipes,

leurs secrets d’écume en faisant des ronds de présent.




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