Le Vent des Fous

La luxuriance...

{ 13:16, 11/07/2008 } { 6 commentaire(s) } { Lien }


Douanier Rousseau, Surpris !, 1891



La luxuriance des débuts fait parfois défaut. La vie d’ici n’est qu’un lac froid, sans pli, et l’horizon se réduit aux murailles des mères. Alors, dans un chatoiement d’étincelles, l’esprit découpe ses jungles et ses dieux exotiques, quelques brumes violettes surgissent des placards, le corps lui-même se mue en sueur animale. Dans ces pays on grandit nus. Les pudeurs s’ébrouent au fil des eaux vertes, s’éparpillent en minuscules insectes qui meurent aux premiers remous. Plus tard, les humeurs des chairs se mêlent aux sensuelles langues de terre, les moussons lavent les peaux, les vents claquent les esprits dans de permanents tourbillons d’insolence.

Voilà les pays créés de toutes parts entre platitude des flots morts et séismes de l’être.

Loin des murailles des mères et des mémoires de sang.

Proches de la source contenue dans l’interne des mots.


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{ 20:48, 11/07/2008 } { posté par Anonymous }
Les arbres sont gantés de braise au crépuscule
et les lichens de jaspe ont l'odeur du pain chaud
d'une étoile perdue qui couve les roseaux.
Bonsoir Johal , lire votre mot m'a fait très plaisir !merci et à tout bientôt

Alice

La chambre à feu (Jean-Philippe Salabreuil)

{ 21:33, 11/07/2008 } { posté par Anonypl }
La chambre à feu

Au bord du livre que j'écris tourne le ciel et ses montagnes. Unes chose plus essentielle que la vie est le matin du monde en fleurs à travers nous. La hauteur bleue nous habite et nous dédaigne non remaniée depuis les âges nous qui changeons. Voici l'automne de nouveau qui toujours se ressemble. Et lorsque l'âme à la fin s'émerveille un cri plus pur de rouge-gorge enfile nos sombres haies de buis jusqu'au silence. Ecrire ici pour moi n'est plus ouvrage de lumière. Ailleurs m'interpelle des morts à la dérive qui n'ont d'encre ni papier ni plume en leur barque si noire. Et puis quelques vivants de même démunis parmi l'enclos des monts branchus. Mais l'aube me retrouve à pic entre les deux lucarnes de l'espace où je balconne et ne me laissera jamais semblable. Une heure ou deux le grand parti des rossignols a pris ma chambre à feu pour un pin de ténèbre. Ils sont mots violents que la nuit range mal et dérange. Ainsi les mains levées plus fréquentes et tremblantes. Ainsi le coeur tardif. J'y gagne une rigueur.

Aux soirées lisses et dévidé le fil ténu des jours cette allégresse m'a recommencé. Mise en doute la fatigue un ruisselant sommeil m'élève au profond visage des nues. J'ai pour témoin ma vieille lampe avoir à sa lueur défoui les menées blanches d'un pays d'érables. Et l'éternel glissement d'astres en route pour l'hiver. O douce lune es-tu venue quand je me suis tourné vers la muraille? A minuit les roses de Novembre ont quitté mon jardin pour le ciel. Une à une entre les pages de livres lus et refermés les montagnes s'enneigent et s'effacent. Au monde limpide entier ma fenêtre ouverte demain secouera sa charge de bois obscurs.

Jean-Philippe Salabreuil

(Ce texte et ses lointains paysages, n'est pas de la naïve lumière du douanier. Mais j'avais envie ce soir de vous le faire partager)


erratum

{ 21:35, 11/07/2008 } { posté par Anoplymous }
Je n'ai pas relu avant de coller les texte, il y a des fautes...

<i></i>

{ 22:20, 11/07/2008 } { posté par johal }
Bonsoir Alice, c'est moi qui suis heureuse de vous retrouver.

Pl, merci pour ce partage. Je ne connaissais pas. Se laisser imprégner par ces mondes, cette chambre à feu, à l'écart des jours vides, ce rossignol de nuit ou peut-être de l'aube ; oui, lentement pénétrer ces mondes et leurs secrets.
Buenas noches peregrino

Edité par johal le 11/07/2008 à 22:21

{ 09:53, 12/07/2008 } { posté par Anonymous }
La luxuriance des débuts va s'amenuisant si l'on n'y prend soin. L'oubli de soi et l'appétit vorace des autres la reduisent, la stérilisent. Au vent de l'histoire - la petite comme la grande - elle se meurt.

http://jeandler.blog.lemonde.fr

{ 11:58, 12/07/2008 } { posté par johal }
Bonjour Pierre, je crois que la luxuriance n' a rien à craindre, elle s'épanouit dans ton jardin...
Merci de ta visite

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