Le Vent des Fous

Une pause

{ 13:34, 21/07/2008 } { 7 commentaire(s) } { Lien }

Une pause, temporaire ou définitive, on verra.


Merci à tous





Utamaro




Jungles

{ 22:22, 20/07/2008 } { 0 commentaire(s) } { Lien }


Rojelio Beuites, Huichol yarn, source Wikipedia


Dans les jungles noires, l’édifice – le perdu, l’absent, l’incréé – fait surface.

En goûtant le peuple, en brisant ses racines, en buvant ses humeurs, le monde se tranche et la tête, si proche déjà des terres d’infini,  expire la plainte d’un jumeau hérétique.

Corps et mythes déchirés en leurs entrailles débordent, vie en crue, aux rives pourpres des spasmes. De la bouche, des flots d’esprits épais (comme des miasmes, comme l’hostie non avalée, tapissant pensées et muqueuses) gagnent le fleuve étrange.

Foi d’amer. La connaissance détruit ses paliers et ses chutes. Elle ne garde que l’inconnu. Et ses sacrifiés qui tracent sous leurs ténèbres des voies élargies.



Dans le siècle...

{ 16:53, 19/07/2008 } { 5 commentaire(s) } { Lien }


Moero Wakamatsu, son site ICI



Dans le siècle des corrompus

des cingles

des martyrs rétractés sous leur lambeaux d’humains

voici l’offrande

car le corps écrasé mutilé crépitant de pierres

indignes

laisse - comme une aurore -

couler de ses os la sève inaltérable des profondeurs.

Mouvement d’exode

on sort de ses entrailles

l’indicible terreur des lies

pour écrire en l’espace

la croissance lente du pur

le douloureux arrachement des gangues

et l’exultante résurrection

des eaux brûlées.



Tout plat

{ 11:43, 19/07/2008 } { 0 commentaire(s) } { Lien }


Man reading paper by Herman von Goubergen



suis fatiguée de tout’ c’tte cause

tous c’mots

s’y bousculent et m’estourdissent

plein y savent

moi rien

pas place pour vide

pas place

mêm’si vide

tout plat

tout fin

pas place



Ce matin

{ 19:19, 18/07/2008 } { 4 commentaire(s) } { Lien }

Ce matin l’arbre était vide. Un son

fit naître le cœur. Le cœur fit naître

l’amour. L’amour fit naître la souffrance.

La souffrance fit naître la folie.

La folie fit naître le pourquoi.

Le pourquoi fit naître le vent. Le vent

fit naître le ciel. Le ciel fit naître l’arbre.

L’arbre ce matin vide ce soir empli

d’êtres d’oiseaux de nuages de regards

du

monde.

Ce matin

l’arbre




Photo prise aujourd'hui à errobikofestibala d'Itxassou. Moeno Wakamatsu, l'impressionnante danseuse de l'arbre, Gaspard Clauss, le violoncelliste des fougères, buto et ruisseau




Rien       Le souffle s’est mépris il a cru

                                                         rien

Sous la voûte                       un murmure

               l’esprit vacille

Deux                     infinis et un murmure

          repris mâché chancelé empli

par un autre                              murmure

Deux murmures et plus              d’infini

           Dans l’encadrement du ciel

mot contre mot

l’érosion des coques fait la sarabande

                écarlate

Ainsi apparaît le feu des hommes dont

                                            nul

              ne trahit l’existence

s’il ne connaît

                                                        rien

de son                              enchantement

 

 



Découragements

{ 14:56, 17/07/2008 } { 7 commentaire(s) } { Lien }



George Dmitriev, Moon and Sea, 2005, ICI

 


Les découragements sont des vies contrefaites.

Aux treillis décousus de l’être, il n’y a, bien sûr,

aucun sens. Qu’on le claironne, qu’on nous assomme

avec ces grosses pierres, qu’on lapide nos regards de

certitudes gouffre. Pas de sens.

Qu’on lui dise au vieux chêne qu’il n’est pas monde des forêts, et

qu’absent d’autres auraient pris l’espace sans aucun remous de ciel.

Qu’on dise à cette fille au regard plein d’espoir que la mort

est son dû, qu’elle rejoindra demain les chairs molles

des terres, que son enfant futur est déjà sacrifié.

Qu’on dise au vent l’inutilité du souffle, la rouille sur les chaînes,

les cachots toujours combles, le vide de sa coupe.

Qu’on dise.

Mots et chêne

chêne et fille

fille et vent

sur la colline content le sens absent,

et le sens prend son informe sens.

Les découragements sont des vies contrefaites :

ils pleurent sur leur sort en oubliant qu’eux-mêmes

sont des mers de désir. Pas d’autre sens

que le corps des vagues tendu

vers la lune.

 



effraction

{ 15:44, 16/07/2008 } { 0 commentaire(s) } { Lien }


Picasso, Dormeuse aux persiennes, 1936


on entre par effraction

dans quelque tête

les persiennes ont beau s’épuiser à taire les lumières

c’est égal

le mot suffit

hors de sa coquille

le mot nu échappé de l’entaille

suffit pour desceller le contenu

muet

l’éclat emplit l’intime

et les persiennes n’ont plus qu’à s’envoler

vers d’autres ombres enfouies


Un p’tit footing ? (Avec quelqu’un que j’aime beaucoup)




Janet Frame

{ 20:06, 15/07/2008 } { 5 commentaire(s) } { Lien }

« Il me devenait impossible de réconcilier ‘ce monde-ci’ avec ‘ce monde-là’, aussi ai-je décidé de choisir ‘ce monde-là’, et un jour où l’Inspecteur me rendait visite dans ma classe à l’école, j’ai dit, -Veuillez m’excuser, et j’ai quitté cette classe et cette école, de ‘ce monde-ci’ vers ‘ce monde-là’, où je suis restée et vis encore. »

Janet Frame, Le lagon et autres nouvelles, Des femmes-Antoinette Fouque, 2006


 

Janet Frame


Quand la vague est passée

-monde-ci-

restent quelques rumeurs de l’instant mort,

des galets qui murmurent les regrets de l’absence,

la substance prochaine du monde retiré.

 

Quand la vague est passée

-monde-là-

la peau claquemure l’éphémère union

de l’en et de l’hors

dans cette vie marquée par

l’éternelle transhumance.



(en pensant particulièrement à A.)

 



Le sens retourne à la niche des chiens fous

{ 23:11, 14/07/2008 } { 0 commentaire(s) } { Lien }


Picasso, Famille de saltimbanques, 1905




Signes aux paumes

écloses

offrant leurs danses

silencieuses

à chaque doigt

chif

fré

 

Le temps

libère

ses cheveux

au vent

des soupirs

de neige

 

Trace de sons

séparant la ronce

de l’amnésique rose

 

Délié serment

des amours bénies !

 

Les gestes ont griffé d’improbables

éclats sur l’étang des corps

où nait la fleur

de millénaires hébétés



Miroir

{ 07:46, 14/07/2008 } { 4 commentaire(s) } { Lien }


TURNER Joseph Mallord William, Snowstorm, 1842


Cet insupportable miroir

que je brise à chaque lune sombre,

me nargue encore et encore,

en traîne

latitudes brûlantes

où le double nait.

 

Quand la mer se recueille

sur de très lointains sages,

le calme

s’assèche,

Bouche mystique

de grenades béantes

tranchées en leur vif.

Il suffit alors que penche la parole

au-dessus des nuits

pour que l’éclair jaillisse des ventres

aubains

et que la face démesurée du père

ses silences de lame

son poitrail d’océan

foudroie le présent étale.

 

Me voici

moi-même à nouveau

éclat et ombre

prisonnière dispersée

dans un premier jour du monde

et aucune passion terrestre

pour la délivrance.



Un peu de large

{ 17:14, 13/07/2008 } { 1 commentaire(s) } { Lien }

De Carta Marina, Olaus Magnus, 1539


Aux bords accidentés de l’océan, entre voutes et dents, renflements et gouffres, le passage est étroit. Pont de singe. Comment ne pas se saisir de vertige, soi-même, par le col, de vertige, s’obliger de face à voir cet ourlet bleu, coupon d’éternité, une goutte et déjà tout s’amollit, tout se trouble, les jambes, les idées, les autres, son propre corps qui se mêle aux rumeurs de l’insaisissable, comment suivre la terrestre ligne du dos et de la tête quand on a senti les flancs resserrés de la voie, quand le décentre, le tournoiement des flots fut un instant saisi dans l’entrebâillement des vides.

Pontons rongés par vers et idée des îles, des îles d’ailleurs et des hommes poissons, face aux lointaines femmes, piquets et phares, statufiées, nez aux marées des ans, je respire, elles meurent, ils jouissent de l’échappée turquoise.

ainsi va la vie



Les rêves

{ 22:00, 12/07/2008 } { 4 commentaire(s) } { Lien }


Magritte, La clairvoyance, 1936



Les rêves ont rejoint les places fortes.

Envolés naufragés exilés  tous se bousculent dans l’étroit pli du temps

et là, comme des pétales morts, ombres des beaux jours,

ce que nous aurions dû être.

Les rêves sont des fourbes.

Je ne veux plus que transparence, ni rêve ni réel,

transparence et, flottant à la surface des mots, ton regard

qui se confond au monde,

ton regard face et envers,  ton regard air et substance,

ton regard emplissant l’espace de son éternelle création.

Regard et parole dans l’intimité des hommes

pour recueillir non les rêves (places fortes des faibles et des conquis)

mais les possibles

les fabuleux possibles

qui, chaque matin au sein des cités libres,

accouchent d’impensables demains.

 



Et tous ces petits morts...

{ 11:44, 12/07/2008 } { 0 commentaire(s) } { Lien }

Robert et Shana ParkeHarrison, ICI

Et tous ces petits morts qui s’accrochent au rebord des paupières, à nos narines et à nos bouches. On a beau s’ébrouer secouer sa cervelle son passé son présent, les importuns s’agrippent, leurs doigts d’ombre crispés sur le désespéré des êtres. Il faut leur dire, il faut me dire, mourir n’est rien. L’entre est terrible. L’entre est le nid du fou.

La réalité, quelle qu’elle soit, chienne ou louve, n’attend que la caresse de l’instant. La mort au coin du vif réchauffe ses vieux os.

Mort et amour, deux mots imprononçables. J’aime la simplicité des dieux, des tombeaux préparés, des unions évidentes, des grigris, des bêtes qu’on égorge pour arroser la terre de pluies abandonnées. Je prierai un Moaï plus qu’une église si seulement je priais. Ou l’oiseau du matin. Ou la source qui rafraîchit mes lèvres, l’autre jour dans la montagne. Ou ce baiser nu. Oui, je prierai pour celui-là.

L’entre est terrible. Le choix des terres insupportable. Laissons les mots dériver sur la mer des possibles. Les vents se chargeront des voiles et des marins.




La luxuriance...

{ 13:16, 11/07/2008 } { 6 commentaire(s) } { Lien }


Douanier Rousseau, Surpris !, 1891



La luxuriance des débuts fait parfois défaut. La vie d’ici n’est qu’un lac froid, sans pli, et l’horizon se réduit aux murailles des mères. Alors, dans un chatoiement d’étincelles, l’esprit découpe ses jungles et ses dieux exotiques, quelques brumes violettes surgissent des placards, le corps lui-même se mue en sueur animale. Dans ces pays on grandit nus. Les pudeurs s’ébrouent au fil des eaux vertes, s’éparpillent en minuscules insectes qui meurent aux premiers remous. Plus tard, les humeurs des chairs se mêlent aux sensuelles langues de terre, les moussons lavent les peaux, les vents claquent les esprits dans de permanents tourbillons d’insolence.

Voilà les pays créés de toutes parts entre platitude des flots morts et séismes de l’être.

Loin des murailles des mères et des mémoires de sang.

Proches de la source contenue dans l’interne des mots.



La terre...

{ 21:57, 10/07/2008 } { 2 commentaire(s) } { Lien }


Marie-Anne Poniatowska, Portrait de Zoran Music, 1995, ICI


La terre a ses limites.

Elle trace les frontières du corps.

Parfois immense, touchant le ciel,

ou réduit à un poing de muscle,

voici mon antre et ma douleur.

 

J’ai fait des chairs une partie de l’hors,

intouchable

mais la douleur plus grande encore

s’est abattue sur l’illusion.

 

Depuis, je ne sais plus

cette terre

ce corps

je ne sais plus si moi-même

est.

Le soir s’écoule. C’est un fait.

Demain est un fait encore.

Je est plus trouble que jamais

Je soir matin ciel terre

je tout je rien

je douleur et vertige

je joie

je

ose

dire je

dans l’inconsistance

des limites



Roberto Juarroz

{ 20:57, 9/07/2008 } { 2 commentaire(s) } { Lien }

Il faut vivre ce que nous n’avons pas,

par exemple la perfection désolée de la parole,

le persistant sourire des morts,

le net midi de la mi-nuit,

les méandres désespérés de l’écume,

ou la vieillesse rance de ce qui vient de naître.

 

Car bien que nous n’ayons pas non plus

ce que nous avons

ce que nous n’avons pas

nous ouvre davantage la vie.

 

Déshérités du centre,

l’unique héritage qui nous reste

est dans le décentré.

 

Roberto Juarroz, Poésie verticale, Les Cahiers de Royaumont, 1988

 

ICI


Reçu comme la terre reçoit la pluie

dans sa verticalité d’apparence (car il y a le nuage et l’océan et le désir et tout cet indicible qui fait l’ondée la mousson ou la rosée au fond toute cette horizontalité superbe)

reçu le poème

proue et poupe

flancs et mât

marins et vagues

au creux de mes mains

l’aumône inattendue de la transparence

et du revers invisible des mots

 


Transcendance



Un peu de douceur

{ 21:31, 8/07/2008 } { 3 commentaire(s) } { Lien }

Vincent Van Gogh, Route avec cyprès et ciel étoilé, 1890

Sur les pas du soir

les collines m’accueillent

- grésillement des prés

et calme inattendu au fond du jour -

tout de nouveau est bon à vivre ;

le désir se blottit

dans des prières parme.

Toi, lointain et proche,

allumes le chant immobile

de la première étoile.



Music ?



Enigme

{ 01:20, 8/07/2008 } { 0 commentaire(s) } { Lien }


Francisco de Zurbaran, Still Life with Lemons, Oranges and Rose (detail), 1633


Natures mortes

l'éclat de l'énigme

dans l'immobile



L’énigme fore les chairs

et laisse les jours tremblants.

Je voudrais entendre

cela est, cela n’est pas

et que tes lèvres ourlées de foi

fassent taire ma tourmente.

Mais le vide sur ta bouche,

sur ta bouche aimée, taraude ma douleur.

Le puits toujours se creuse

en ce corps mêlé d’indicible.

La naissance n’est pas, on veut nous le faire croire,

c’est faux,

la naissance n’est pas de l’homme et de la femme.

La naissance est du manque, c’est ainsi que l’on nait

gouffre, c’est ainsi qu’un siècle ne suffit à combler

l’énigme, c’est ainsi que, tête levée, front contre ciel,

on doit jeter au monde son impuissance, et vivre du bas en haut,

palpitant de passions,

c’est ainsi que l’illusion, ministre des basses œuvres, s’oubliera en chemin.

 



Il est temps...

{ 14:27, 7/07/2008 } { 2 commentaire(s) } { Lien }

Pablo Tillac, La Hermandad de los pescadores : Dentro del Camarote



La montagne bossue n’a plus contre son dos

que des caveaux de vide.

L’if n’est plus,

son ombre a rejoint les pierres.

La page fut tournée un soir d’éloignement

un soir où mon regard mélangea vie et verre,

or et argent

Mes mains d’enfant ont disparu,

celles qui détournaient les fourmis

de la rugueuse écorce.

Ma voix d’enfant a disparu,

celle qui murmurait

un chant léger en place de prière.

Mes jeux d’enfant ont disparu,

plus de sauts à cloche tombe

plus de rires naïfs clouant l’œil froid des vieilles bigotes.

L’endroit désormais

est peuplé de morts

de fleurs mortes

d’anges morts

de tous ces marins morts

entassés sous le marbre

de tous ces marins qui ne frissonnent plus

quand viennent se poser

les frais embruns du large

sur les lèvres douces des filles

mortes,

elles aussi.

 

Il est temps d’embarquer

sur la mer des vivants.

 


Une 'tite chanson ?



De l'autre côté 2

{ 17:27, 6/07/2008 } { 0 commentaire(s) } { Lien }
 

Loretta Lux, The Waiting Girl, 2006, ICI



Le nom a disparu

déporté dans les limbes d’un avenir clos.

Dieu n’ajoute

qu’une gibbosité pleureuse

sur le dos de l’être.

Un petit ravisseur

fut cette excroissance…

On porte en son destin

trop de vieux morts et le monde,

au fond,

n’est peut-être peuplé que d’imposteurs.

Quelle importance ?

Mon esprit

s’est

défait

dans l’ignorance

de l’

intrus.

 



{ Page Précédente } { Page 1 à 6 } { Page Suivante }

Qui suis-je?

Accueil
Mon Profil
Archives
Amis
Mon Album Photo

«  07 2008  »
LunMarMerJeuVenSamDim
 123456
78910111213
14151617181920
21222324252627
28293031 

Liens

Jean Boccacino
anna
Kirikino
Albin
Ossiane
Alix
Alice
Memoire du vent
Miren
Maite
Pierre
Voyage
Patrick
bourg
Aicha
Autofictif
Merveilleux jardin
Neige

Catégories


Articles Récents

Une pause
Jungles
Dans le siècle...
Tout plat
Ce matin

Amis